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Anne Le Ny
Comédie dramatique française (20010) de Anne Le Ny, avec Karin Viard (Babette), Fabrice Luchini (Arnaud), Michel Aumont (Lucien), Valérie Benguigui (Karine), Veronika Novak (Tatiana), Raphaël Personnaz (le médecin), Olivier Rabourdin (Rémi), Max Renaudin (Simon) (1h35).
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Lucien Paumelle, médecin à la retraite, est une des grandes figures de l’humanitaire, toujours prêt à défendre les causes qui lui sont chères. C’est ainsi qu’il annonce à ses enfants, Arnaud et Babette, qu’il va héberger chez lui une famille de sans-papiers. Arnaud, un avocat d’affaires qui a toujours été en conflit avec son père, lui explique les risques qu’il court, mais Lucien ne l’écoute guère. Babette, elle, s’en réjouit, car elle a toujours été en admiration devant son père. Lorsque celui-ci invite les siens à déjeuner pour leur présenter la famille en question, c’est la stupéfaction. Car, en fait de famille, il s’agit de Tatiana, une superbe Moldave (pour ne pas dire une bimbo !), et de sa fillette. Surtout, Lucien annonce à ses enfants qu’il l’a épousée, deux jours auparavant, pour lui permettre d’obtenir ses papiers rapidement. Bientôt, il devient clair pour tout le monde que Lucien est travaillé par le démon de midi (de minuit, plutôt !) et qu’il va être dépouillé de tous ses biens par sa ravissante épouse.



Cette œuvre réjouissante commence comme une critique ironique des postures des bobos pour évoluer vers l’analyse des relations de grands enfants avec leur père. Anne Le Ny, réalisatrice du délicat « Ceux qui restent », aborde ici un registre plus léger pour croquer, avec humour une famille de bien-pensants bouleversée par le comportement du géniteur. Avec des dialogues ciselés et souvent fort drôles, une analyse psychologique pertinente, un sens aigu de l’observation et des comédiens hors pair (Karin Viard et Fabrice Luchini, qui se retrouvent pour la troisième fois, sont sensationnels !), la réalisatrice croque ses personnages et ses situations avec une belle finesse et un ton mordant, qui n’exclut pas quelques beaux moments d’émotion. Mais la seconde partie est un peu plus faible que la première.


Quand la statue de leur commandeur de père commence à se fissurer, les enfants doivent se redéfinir par rapport à lui. Le premier passera du conflit à la tendresse, tandis que la seconde abandonnera son admiration béate et sans nuances (malheureusement au détriment de son mariage). Le grand mérite d’Anne Le Ny est de ne jamais juger ses personnages, mais, au contraire, de montrer que chacun possède sa propre motivation et les rend ainsi très attachants. Une scène sensuelle.