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Tête de Turc
Date de sortie: mercredi 31 mars 2010
Grands adolescents

Pascal Elbé
Policier français (2009) de Pascal Elbé, avec Roschdy Zem (Atom), Pascal Elbé (Simon), Ronit Elkabetz (la mère de Bora), Samir Makhlouf (Bora), Simon Abkarian (le veuf), Florence Thomassin (Mouna) (1h27).

Dans une banlieue sensible, Simon, un médecin urgentiste se fait agresser dans sa voiture par des jeunes. Pourtant l’un d’eux, Bora, qui a jeté un cocktail Molotov, le sauve de justesse. Mais le frère de Simon, policier, ne pense qu’à le venger. Pendant de ce temps, un homme est inconsolable de la mort de sa femme, qui devait être secourue par le médecin agressé, et la mère du jeune Bora ne pense qu’à sauver sa famille. Les événements s’enchaînent inexorablement autour d’un adolescent turc coupable et sauveur, et d’une famille arménienne prise dans la tourmente...

Inspiré par un fait divers, Pascal Elbé a frappé fort et juste pour son premier film. L’état des lieux du malaise et de la violence des banlieues (passages à tabac, trafics de drogue, menaces, loi du silence) est sans concession, mais non sans nuance, quand il oppose la compréhension du médecin à la brutalité du flic vindicatif. Certes, le drame se démultiplie et s’amplifie, mais sans jamais sombrer dans le mélo ou la démonstration, les personnages sont bien et sobrement dessinés, pour aborder un problème social collectif. Et l’ensemble, à la fois efficace et sensible, dense et minutieux, ne laisse jamais indifférent. Avec des interprètes comme Roschdy Zem, l’émouvant adolescent Samir Makhlouf, partagé entre un geste inconscient et sa conscience, et la bouleversante Ronit Elkabetz, mère courage perdue dans le désordre des banlieues, le film prend une force et une vérité qui le place très au-dessus des productions françaises moyennes.

De la scène du début à la brutalité fulgurante aux expéditions punitives des petits trafiquants, la violence est omniprésente, symptôme de malaise, symbole d’incompréhension et de défense d’une population rejetée, révoltée et corrompue. Hélas, pour choquante qu’elle soit, cette vision est tristement réaliste (d’ailleurs étayée par une enquête du réalisateur). Elle est l’essence de ce film dur, âpre et pourtant pétri d’humanité.

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